L’incontournable livre de chevet d’… Antoine alias 130_livres

130: en boxe, la limite de poids de ceux officiant en catégorie super-plumes. Mais aussi, côté lecture, « la promesse d’une joyeuse abondance de bouquins », assure sur son blog Antoine, grand amateur de boxe donc, mais aussi de livres. Adepte tant de littérature générale que de roman noir, il égraine ses chroniques sur sa plateforme et sur son compte Instagram depuis février dernier.

Quel est votre livre de chevet par excellence ?

Parano dans le bunker, de Hunter S. Thompson, édité en France chez Tristram. Il s’agit d’un recueil d’articles écrits dans les années 60 et 70 pour des journaux et magazines américains comme le New York Times, le National Observer ou Rolling Stone.

A quel moment l’avez-vous lu ?

Il y a quelques années, grâce à une librairie qui l’avait mis en avant – La plume vagabonde (75010). J’avais déjà lu en VO un premier recueil du même auteur, la compilation de ses ultimes chroniques publiées sur le site internet de la chaîne ESPN. Thompson était authentiquement mordu de sports, mais il utilisait surtout cette tribune pour parler de ses autres marottes : en l’occurrence, la politique et les dérives des années George W Bush. Cette liberté de ton m’avait beaucoup plu.

Pourquoi ce livre vous a-t-il marqué ?

Pour le personnage de Hunter S. Thompson, indissociable de son œuvre. Il fut l’oncle barjot de la grande famille du Nouveau Journalisme, celle de Truman Capote, Gay Talese ou Norman Mailer. Fascinante, son histoire est celle d’un romancier terrifié par la page blanche, qui a sublimé son échec en créant un genre littéraire à part entière, et dont l’influence fut considérable : le « gonzo ». Le procédé consiste, pour l’auteur d’un reportage d’investigation, à se mettre lui-même en scène en train d’enquêter, romançant volontiers certains passages et empruntant des chemins de traverse pour apporter un éclairage original à son sujet, et faire jaillir des vérités inattendues. Thompson considérait le journalisme comme un simple gagne-pain, mais il l’a révolutionné. Son humour, son style et sa colère rendent ses « gonzo papers » absolument incomparables.

Quelles sensations a-t-il réveillées chez vous ?

Plus que tout, une profonde admiration. Toute sa vie, Thompson a travaillé selon ses propres règles, en inventant une forme d’expression écrite, donc, mais aussi en explorant une très large palette de sujets, sur lesquels il était toujours pertinent. En disant le réel, il parvenait à transmettre toutes sortes d’émotions à son lecteur, bien mieux que la plupart des romanciers. Dans Parano dans le bunker, il évoque avec une même acuité la transformation du champion olympique Jean-Claude Killy en mascotte publicitaire de l’industrie automobile, le probable assassinat politique d’un journaliste mexicain, les mutations de la ligue de football américain, la fin de l’utopie du mouvement hippie, ou sa propre campagne électorale pour devenir shérif du comté d’Aspen (Colorado). C’est bluffant.

L’avez vous-lu plusieurs fois?

Certains des articles, en particulier « Le derby du Kentucky est décadent et dépravé ». C’est la matrice du « gonzo journalism ». Plutôt que raconter à plat l’événement social et sportif phare de sa ville d’origine de Louisville (Kentucky), Thompson narre ses propres tribulations gorgées d’alcool aux côtés de l’illustrateur anglais Ralph Steadman, alors qu’ils errent tous deux à la recherche d’un angle original pour leur récit. C’est magistral – et hilarant. Beaucoup ont essayé depuis de faire du gonzo, sans jamais atteindre ce mélange de folie et de maîtrise.

A qui l’avez-vous prêté?

Je ne crois pas l’avoir fait… En revanche, j’en ai beaucoup parlé, à l’oral comme à l’écrit. La bonne parole doit circuler !

Quel adjectif utiliseriez-vous pour qualifier ce livre?

« Quintessenciel ». Après la réelection de son ennemi juré Richard Nixon, dont le récit crépusculaire de la seconde investiture fait partie de ce même recueil, la fatigue et les addictions de Thompson ont peu à peu entamé sa créativité, tandis qu’il se transformait en une caricature de lui-même. Ses écrits s’en sont ressentis, tout en restant de belle qualité. Parano dans le bunker couvre la meilleure période des « gonzo papers ».

Quelle question auriez-vous souhaité poser à son auteur?

Quelle sera la place dans l’Histoire du 45eme président des États-Unis Donald Trump, et du sextuple champion de la National Football League Tom Brady ?

Et à son éditeur?

Reste-t-il des gonzo papers à traduire ? Et peut-on imaginer une version française intégrale de Fear and loathing on the campaign trail ’72 (récit pour Rolling Stone de la compagne présidentielle de cette année-là) ?

Sans transition, quelle est votre librairie coup de cœur?

Il y en a trois ! Ma librairie de quartier, La Page 189 (75011), et son chartreux languide. Mon ancienne, Atout livre (75012), riche entre toutes. Et le lieu magnifique qu’est Galignani, (75001), idéal pour ceux qui lisent l’anglais dans le texte.

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