L’incontournable livre de chevet de… Charlotte alias loupbouquin

Loupbouquin. En trois syllabes, Charlotte, planneur stratégique digital en journée, marie son nom de famille à ses deux passions: les livres et les escarpins. Son addiction pour les textes est née dans l’enfance, à cette époque où son accès à la télévision était largement restreint et contrôlé. Devenue adulte, elle décide, il y a trois ans, de rejoindre la planète #bookstagram et de partager ses coups de cœur sur son blog. Une activité qui lui a permis de rejoindre l’équipe du Grand Prix des Blogueurs, mais aussi d’intégrer le jury du Prix France Bleu-Page des Libraires.

Quel est ton livre de chevet par excellence ?

Une question qui a dû causer pas mal de nœuds à la tête à tous ceux qui ont été interrogés 🙂
J’ai une montagne de livres sur ma table de chevet. Il y a ceux que je n’ai pas encore lus mais qui sont proches de l’être. Et ceux que j’ai lus récemment et que j’ai besoin de sentir encore proches de moi. Mais je ne les relis pas. J’en pioche des passages de temps en temps, mais je les laisse vivre (en moi).

J’ai hésité entre Les mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, que j’ai lu très jeune, qui m’a laissé un souvenir immense, même si je pense ne pas en avoir tout saisi à l’époque. Je l’ai érigé en statue monumentale de la littérature. J’ai toujours adoré l’Histoire mais plus encore l’Amour, il est l’un de mes premiers livres sur le sujet. Et je garde un souvenir très net de cette histoire folle avec Antinoüs, son amant. (Je veux d’ailleurs le relire prochainement (rare 😉 ).

Mais c’est Écrire de Marguerite Duras que je décide de prendre pour livre de chevet et dont je vais te parler 🙂

A quel moment l’as-tu lu ?

Je l’ai lu l’an dernier, à peu près à la même période qu’aujourd’hui. En octobre.
Je crois que c’était l’une de mes lectures d’automne. 

Plus grave et taciturne que mes lectures estivales.

Pourquoi t’a-t-il marquée ? 

Il m’a marquée par son titre, d’abord.
Il faut être sacrément couillue pour donner comme nom à son livre, l’acte même qui nous fait l’écrire.
En un mot, elle offre déjà tout un monde de questions.

Je crois qu’il m’a marquée par sa liberté, sa singularité, ses questions comme elles lui venaient, juste là, couchées sur le papier.
Écrire, pour Duras, c’est un acte de vie mais aussi de mort.
Ce sont les mots qui consignent la vie mais aussi qui retiennent les disparus (son petit frère).
Qui nous empêchent d’oublier.

C’est aussi, tout comme l’acte de lecture, un acte de solitude.
Elle m’a émue dans ce paradoxe qu’elle expose et dont elle semblait souffrir atrocement : l’envie de se frotter aux autres, d’être dans la vie, en son cœur. Mais aussi ce besoin plus fort que tout d’être seule pour écrire.
D’écrire partout, tout le temps. De rester sauvage. Ce sont des sentiments qui me parlent énormément.

Et je crois que c’est dans Écrire que j’ai lu le passage de ma vie.
Elle passe plus de cinq pages je crois, à écrire, consigner les derniers instants de la vie d’une mouche à l’agonie.
« Oui. C’est ça, cette mort de la mouche c’est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire. »
Elle observe la mort l’envahir. Retenant chaque geste et de la solitude de cet instant qui passe inaperçu : « On peut aussi ne pas écrire, oublier une mouche. » Et bien je ne l’oublierai jamais.

Je trouve ce passage d’une beauté incroyable. Non seulement pour la manière dont elle raconte la mort de cette mouche mais par l’acte de subversion qu’elle pose violemment sur ces pages, imposant de fait, qu’écrire cela, c’est ÉCRIRE.

Quelles sensations a-t-il réveillées chez toi ? 

Je crois que je me suis retrouvée dans sa nature sauvage et solitaire.
Je trouve ce qu’elle nous livre dans ce livre terriblement intime et émouvant.
C’est un cri.
Un essai sur l’écriture tellement libre, parfois désespéré, et en même temps tellement révolté.
Je ne saurais pas vraiment comment te décrire ça, je sais juste que c’est un livre qui m’habite.
J’y pense très souvent.  Il m’accompagne.

L’as-tu lu plusieurs fois ? 

Non je ne l’ai pas lu plusieurs fois.
Je m’en suis tellement imprégnée que je sais exactement à quel endroit aller y relire tel ou tel passage 🙂

A qui l’as-tu prêté ? 

Je ne l’ai jamais prêté. Ni offert d’ailleurs.
Sans doute qu’il m’est beaucoup trop intime. Et puis assez sombre aussi, c’est comme une partie de soi que l’on n’aurait pas forcément envie de montrer 🙂
Alors je le garde pour moi celui-là !

Quels adjectifs utiliserais-tu pour qualifier ce livre ?

Sauvage et grandiose.

Quelle question aurais-tu souhaité poser à son auteure ?

Elle a écrit « On n’est jamais seul. On est toujours quelque part. ».
J’aurais aimé lui demander, où et avec qui elle partait lorsqu’elle écrivait.

Et à son éditeur ?

J’aurais aimé voir la tête qu’il a faite en lisant ce long passage sur la mort de la mouche ahahah ! Et savoir ce qu’il a pensé de ce livre qui est écrit comme un non-livre tout en en étant un. A-t-il eu une hésitation ?

Quel est mon libraire préféré ?

J’en ai deux en fait 🙂
L’un est basé à L’Isle sur la Sorgue, c’est un vieux monsieur bouquiniste. Des livres du sol au plafond dans un labyrinthe de rangées de bibliothèques…
Il est unique car c’est le seul sur cette Terre, à protéger chaque livre parmi les milliers qu’il vend avec des couvre-livres. Alors, bon, ce n’est pas très écolo car c’est du plastique, mais je trouve le geste tellement émouvant… Sa boutique s’appelle « Mistral Bibliothèque ». Une vieille devanture en bois avec une peinture bleue écaillée. Et des trésors à l’intérieur. J’ai d’ailleurs tout récemment acheté une édition original de La Chute de Camus ❤

Et mon deuxième libraire préféré… Vous allez finir par me trouver bizarre, car je ne suis encore jamais allée dans sa librairie (je vis dans le Sud). Il s’agit d’Antoine, de la Librairie Michel Fontainebleau*. Nous nous sommes d’abord rencontrés sur Instagram puis lors de la première soirée du Grand Prix des blogueurs. Antoine, c’est ce libraire qui m’a offert ma première Pléïade, celui à qui je peux me confier quand je bute sur un livre, qui sait me guider vers ses derniers coups de cœur. On a cette sensibilité commune qui est un lieu intime pour des lecteurs. C’est un véritable passionné ! On voue notamment un culte secret à Violaine Huisman, parmi d’autres que l’on adore tout autant bien sûr 😉

*15 Rue de la Paroisse, 77300 Fontainebleau

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