L’incontournable livre de chevet de… Godeleine alias La bibliothèque de Mad

Etudiante en droit, Godeleine aime lire et l’exprime! Sur son compte Instagram, baptisé La bibliothèque de Mad, la jeune femme de 23 ans chronique ses lectures. Mais son amour des lettres ne s’arrête pas là: la bookstagrammeuse anime également le podcast littéraire Mille et une lignes, avec son acolyte Elisa, officiant sous le nom Les carnets lecteurs.

Quel est votre livre de chevet par excellence ?

Je crois que s’il y a bien un livre qui m’a bouleversée, c’est Belle du seigneur, d’Albert Cohen.

A quel moment l’avez-vous lu ?

Il y a à peu près trois ans, je crois. Pourtant, entre nous, cela n’était pas gagné ! Je me souviens avoir tourné les pages lentement, l’avoir délaissé et un peu oublié par découragement. Et puis l’été est arrivé. Et avec lui la résolution de nous donner une seconde chance (j’en ai tiré la conclusion qu’il ne faut pas toujours attendre la nouvelle année) ! A partir de là, la persévérance s’est mue en besoin. Le livre est devenu nourriture.

Pourquoi vous a-t-il marquée ?

Pour beaucoup beaucoup beaucoup de raisons.

D’abord pour cette épopée qui raconte la naissance et la mort de l’amour, l’embrasement total des sentiments. Pour cette incroyable beauté, sensuelle et tragique, de la langue. Je ne résiste pas à citer un passage … « Dehors, universelle, une inlassable pluie disait leur malheur. Enfermés dans la souricière d’amour, condamnés aux travaux d’amour à perpétuité, ils étaient couchés l’un près de l’autre, beaux, tendres, aimants et sans but. Sans but ».

Ensuite parce que, même si j’ai toujours aimé lire, je lui dois d’avoir marqué un véritable tournant dans ma vie de lectrice. C’est la première fois que j’ai compris que les livres, ou plus exactement les mots, avaient le pouvoir de faire voyager au cœur de l’humain. Des êtres et de leurs obsessions. C’est drôle mais j’avais parfois l’impression de flotter au-dessus du sol, de m’être échappée de ma propre existence, de suivre Ariane et Solal jusqu’au bout de leur folie, de la séduction à la passion. De la passion destructrice à l’ennui naissant. Et parfois, j’étais tendrement amusée (Albert Cohen est terrible avec certains personnages).

Quelles sensations ce livre a-t-il réveillées chez vous ?

Je dirais qu’il a éveillé des sensations plus qu’il ne les a réveillées. Il y a vraiment eu un avant et un après Belle du seigneur. Je lis différemment, maintenant.

Et cet ouvrage m’intrigue toujours aujourd’hui. Je l’ai lu « à l’époque » (en réalité, cela n’est pas si vieux) comme un éloge de l’Amour absolu, dont l’essoufflement ne peut être que beauté et cruauté. J’ai appris plus tard que le texte était davantage un réquisitoire contre cet Amour. Ce roman devient mon énigme, ma bataille entre mes différents « moi », celui qui défend ce que j’ai voulu croire et celui qui brandit ma conscience de savoir désormais ce que j’ai lu. L’Amour absolu est-il toujours voué à mourir ? L’Amour absolu est-il réellement amour ?

L’avez-vous lu plusieurs fois ?

Non … C’est un livre que je n’ai jamais réussi à envisager de relire. Mais je dois avouer que cet entretien me donne très envie de le reprendre à nouveau, de tomber dedans et d’y rester longtemps.

A qui l’avez-vous prêté ?

Je ne l’ai encore prêté ou offert à personne … J’ai peur qu’il ne plaise pas … Mais, après tout, je l’ai lu parce qu’on me l’a offert, alors peut-être que je devrais faire ce pari à mon tour et être plus audacieuse ! Je crois, en tout cas, qu’il est une expérience, non pas forcément à vivre, mais à tenter au moins une fois dans sa vie (parce que je sais qu’il ne plaît pas à tout le monde, loin de là même, et je le comprends tout à fait).

Quel adjectif utiliseriez-vous pour qualifier ce livre ?

Absolu à l’agonie lente et tragique (je triche un peu).

Quelle question auriez-vous souhaité poser à son auteur ?

J’ai cru entendre que vous aviez hésité à terminer sur une fin heureuse … Est-ce vraiment Bella qui vous a décidé à aller jusqu’au bout, à envisager l’ennui, la mort, l’extinction de tout désir ?

Et à son éditeur ?

Aviez-vous conscience, en vous engageant pour la première fois avec Albert Cohen en 1922, de vous lancer dans une telle aventure éditoriale : la publication du cycle des Solal ?

Sans transition, quelle est votre librairie coup de cœur ?

J’ai découvert très récemment la Librairie café La suite à Versailles*, charmante et très accueillante ! (Et proposant des rencontres passionnantes !)

*3 Rue Louis le Vau
78000 Versailles

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